Discours prononcé à l'occasion de la conférence de presse organisée à L'Empreinte à Savigny-le-temple, le 07 février 2008, par Grégory Jurado (Président du réseau Pince Oreilles)
Le réseau Pince oreilles regroupes 18 structures agissant dans le champ des musiques actuelles en seine et marne. Ces acteurs partagent une vision du développement artistique et culturelle basée sur des principes de complémentarité, de solidarité et de mutualisation.
Le réseau est aujourd'hui riche de la diversité des structures et des projets.
Cette richesse est constamment mise à profit dans nos différents travaux qui ont pour objectifs d'aider chaque adhérent à se développer et s'épanouir, sans jamais oublier la finalité de nos actions : le citoyen seine et marnais et bien sûr le musicien seine et marnais.
Les actions des acteurs des musiques actuelles portent sur des champs aussi variés que le champ social (intégration, mixité, insertion professionnelle…), le champ culturel (respect des identités de chacun…), le champ éducatif (actions en milieu scolaire…), ou encore la santé (risques auditifs, prévention…) et bien sûr le champ artistique qui est central et traversé par ceux énoncés précédemment.
Le socle de notre secteur repose sur la pratique avec les activités de répétition et de diffusion, l'une n'allant pas sans l'autre.
Nous dépassons et prolongeons ainsi l'objectif de Culture pour tous par l'objectif de Culture par tous. L'un servant intelligemment l'autre et vice et versa. Nos projets ne se limitent donc pas à la production et à la diffusion d'œuvres.
Le quotidien des différentes structures musiques actuelles repose donc sur des axes variés mais intrinsèquement liés : la création, la répétition, la formation, l'accompagnement, la diffusion, l'action culturelle, la prévention. Nous ne sommes pas que des salles de concerts.
Aujourd'hui remettre en cause une partie de nos financements consiste à remettre en cause nos actions et les moyens mis en œuvre à leur réalisation c'est-à-dire des emplois.
L'incertitude qui plane au dessus de nos projets vient renforcer les inquiétudes et ne nous permet pas d'aborder sereinement l'exercice budgétaire 2008 : comment planifier, organiser, avancer alors que l'on ne sait pas si l'on va pouvoir financer les actions en cours ou en préparation ?
Les actions qui sont aujourd'hui remises en cause concernent par exemple :
- des interventions en milieu scolaire
- des actions de sensibilisation
- des ateliers de pratiques
- la diffusion de spectacles amateurs ou professionnels
- des dispositifs d'accompagnement de groupes de tous niveaux
- pôle ressource musiques du monde de seine et marne
La somme totale (et dérisoire !) des subventions de la DRAC Ile-de-France vers nos structures représente 130.000 euros c'est-à-dire 4 à 5 emplois menacés et un nombre important d'actions.
J'en profite pour rappeler que La Tête des Trains à Tousson a déjà vu son financement disparaître l'année dernière. Cela est un exemple marquant du paradoxe qui consiste à inciter les acteurs à se professionnaliser tout en leur enlevant les moyens de le faire. Cela est particulièrement vrai en milieu rural, territoires dans lesquels la professionnalisation reste un mythe.
Les effets primaires de ces remises en cause d'action touchent donc directement les populations mais aussi les différents emplois inhérents à leur mise en œuvre que ce soit les salariés des structures mais aussi bien sûr les intermittents du spectacle.
Au regard des politiques culturelles, on peut aisément qualifier les musiques actuelles d'exception de l'exception : comprenez exception de notre si fameuse et si spécifique "exception culturelle" française.
Pourtant, le citoyen est au cœur de nos préoccupations : il est même le plus souvent moteur et impliqué dans les projets. De plus en plus de collectivités territoriales ont donc compris l'importance d'équipements, de manifestations; d'actions où se croisent rappeurs et rockers, retraités et adolescents… Où se croisent amateurs et professionnels… Des équipements ou des manifestations ou dans actions au sein desquels on peut être un jour spectateur et le lendemain acteur.
Voilà pourquoi notre secteur d'activités a une portée à la fois culturelle, artistique, sociale… citoyenne…
Le citoyen, parlons-en…, car à l'évidence il semble qu'on l'oublie ou que l'on préfère décider pour lui. Et pourtant…
Prenons la LOLF (La Loi Organique relative aux Lois de Finances) et ses grands principes : elle doit mettre en place une gestion plus démocratique et plus performante, au bénéfice de tous : citoyens, usagers des services publics, contribuables et agents de l'Etat.
Or cela ne transparaît aucunement dans l'annexe Culture du projet de loi de finances 2008 (projets annuels de performance des programmes : communément appelés PAP). Mais par qui donc a été écrit ce document détaillant missions, programmes et actions et en cela document Roi au royaume des documents cadre ? Quelle place a été laissée à la consultation, à la concertation ? Quelle place a été laissée au citoyen et aux acteurs qui œuvrent au plus proche d'eux ?
La LOLF prévoir la "justification au premier euro", il faudrait également penser à une "justification au premier mot" de l'écriture de tel document.
Pour conclure sur la LOLF, il est important de relever à quel point l'annexe Culture n'interroge ou ne justifie à aucun moment le sens des missions, programmes et actions décrites. Elle n'interroge pas plus les moyens : page 136, voilà que l'on évoque les musiques actuelles… seulement via le prisme des Scènes de musiques actuelles ; mais où sont donc passés tous les autres acteurs des musiques actuelles ?
Prenons maintenant la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l'UNESCO : elle ne limite pas la place de la société civile à une place de bénéficiaire mais prévoit qu'elle soit partenaire de sa mise en œuvre et reconnaît donc explicitement son rôle fondamental. Le citoyen peut logiquement être le déclencheur des politiques culturelles. le citoyen et ses pratiques comme moteur de l'intervention publique.
Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français. (cf communiqué de l'UFISC)
Face à ces états de fait et à ces incohérences flagrantes nous sommes aujourd'hui prêt à avancer et à exiger la place qui doit être la notre et celle de l'ensemble des acteurs culturels en France. L'effort de structuration collective et professionnelle des petites entreprises artistiques et culturelles a été considérable ces dernières années, et pourtant ces entreprises ne sont pas ou peu inviter à participer de façon constructive au processus de recomposition du paysage administratif et politique dont notre pays a tant besoin.
Au niveau des musiques actuelles, si nous n'avons pas vraiment réussi à nous vendre, nous parviendrons à nous légitimer. Certaines collectivités territoriales ne s'y sont pas trompées et développent leurs politiques culturelles dans ce sens, en concertation avec les acteurs locaux et en prenant en compte les initiatives existantes. C'est le cas en Seine et marne, nous construisons ensemble et pouvons ainsi évaluer selon des indicateurs pertinents liés à des objectifs concertés.
La prise de conscience collective et de plus en plus prégnante liée aux questions environnementales nous pousse chaque jour à nous demander "quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?" mais n'est-il pas tout aussi primordial de se demander "quels enfants allons-nous laisser à notre planète ?". C'est aussi à cela que nous travaillons au quotidien…