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Territorialiser les politiques publiques des musiques actuelles : une nécessité structurelle

Les politiques publiques de la Culture telles qu'elles sont menées depuis 50 ans en France sont avant tout des politiques de soutien à l'Art (1) basées donc essentiellement et en caricaturant à peine, sur le soutien à la création, la recherche de l'excellence artistique et l'accès aux œuvres. On retrouve ici tous les ingrédients de ce que l'on appelle depuis les années 90 l'échec de la démocratisation culturelle.

Prises en compte tardivement, les musiques actuelles n'ont jamais bénéficié que d'un strapontin au sein des politiques publiques et principalement au sein des politiques de l'Etat. Pas assez capitales (en référence aux "œuvres capitales"), peut-être trop "crasseuses" (… ou pas assez classieuses ?) et perçues comme trop proches des industries culturelles, ces musiques n'ont jamais été traitées à l'égal d'autres champs artistiques, à commencer, pour rester dans le champ musical, par la musique classique (2).

Forts de leur proximité avec les habitants de leur territoire (et donc aussi plus proches des doléances des électeurs…), les décideurs publics locaux les plus avertis se sont alors aperçus que la lutte contre les inégalités culturelles ne pouvait pas se résumer à favoriser l'accès à des œuvres mais qu'elle devait également prendre en compte la diversité des initiatives et des pratiques artistiques et culturelles d'un territoire. Concernant directement une large part de la population tant dans la réalité (écoute de musiques, pratiques…) que dans les intentions (alternative à l'uniformisation musicale, démocratisation et éducation), les musiques actuelles s'imposent alors sur les territoires comme un maillon essentiel de la vie artistique et culturelle.

 

Territorialiser les politiques publiques des musiques actuelles : une volonté conjoncturelle

Les projets développés par les acteurs (que l'on peut situer au niveau économique dans ce que l'on nomme le "tiers secteur" ou encore dans le champ de l'économie sociale et solidaire) des musiques actuelles (petites salles de diffusion, espaces de pratiques, accompagnement des pratiques, action culturelle…) répondent à la fois à des problématiques artistiques telles que la prise en compte des pratiques en amateur, la professionnalisation (et l'articulation de ces deux enjeux…), la découverte de nouveaux talents, l’innovation, la diversité musicale, la diversité des pratiques ; et à la fois à des problématiques territoriales telles que le lien social, la mixité (culturelle, sociale et générationnelle), le lien avec les jeunes (orientation, santé…), le rayonnement et l’attractivité d’un territoire, la rencontre, la convivialité, l’implication citoyenne.

On le voit distinctement, le champ artistique des musiques actuelles est au confluent d’enjeux centraux concernant la vie et le développement des territoires et de leur population.

Enfin, ces acteurs font pour la plupart partie d’organisations (réseaux, fédérations) permettant la coopération, la mutualisation et la structuration. Ces organisations favorisent la réflexion collective et disposent d'un fort degré d'expertise (production de travaux : observation, analyses, diagnostics…) leurs permettant d'accompagner les pouvoirs publics dans la construction des politiques publiques en faveur des musiques actuelles.

 

Grégory Jurado

 

 

(1) L’art c’est la chose… La culture, c’est la relation à la chose

(2) Rapport Berthod-Weber sur le soutien de l'Etat aux musiques dites actuelles (2006) : "En simplifiant à peine, il serait possible de résumer la situation de la musique en France en avançant que la musique classique occupe 5% du marché et reçoit 95% des subventions, et que les musiques actuelles occupent 95% du marché et reçoivent 5% des subventions."

Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 16:09
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