Á l’heure où de nombreux acteurs intervenant dans le champ artistique des musiques actuelles (à commencer par les plus petits) sont de plus en plus fragilisés, les concertations territoriales (1) semblent être à la fois la bouée de sauvetage et l'outil innovant devant permettre une prise en compte adaptée et concertée de la diversité des initiatives développées à travers le pays.
De la nécessité…
Dans la lignée des travaux de la concertation nationale pour le développement des musiques actuelles (2004-2005), le plan pour une politique nationale et territoriale des musiques actuelles a été signé par l’ensemble des membres du Conseil Supérieur des Musiques Actuelles (CSMA). Celui-ci prévoit, notamment, la mise en œuvre de concertations territoriales devant mettre autour de la table les acteurs des musiques actuelles, les organisations professionnelles, les collectivités territoriales et les services de l’Etat. Un vrai défi, lorsque l’on connaît la faiblesse de la politique nationale (quasi-résumée au seul programme SMAC représentant 0,32% du budget total du ministère en 2009 et 1,14% du budget pour le spectacle vivant) et que le soutien des collectivités territoriales, issu de politiques volontaristes, demeure aléatoire et rarement adapté totalement aux besoins locaux.
Globalement, les musiques actuelles restent donc considérées comme un champ artistique mineur, lequel concerne pourtant directement une large part de la population (écoute de musiques, pratiques, implications citoyennes…) et pourrait en concerner une part encore plus large si l’on considère qu’elles sont une alternative à l’uniformisation musicale galopante engendrée par les objectifs lucratifs de quelques multinationales du divertissement ou de la communication.
…au bon usage.
Le champ artistique des musiques actuelles, au confluent d’enjeux culturels, artistiques, sociaux et territoriaux trouve dans les concertations territoriales un outil innovant et adapté devant lui permettre d’être mieux pris en compte, reconnu et soutenu par les pouvoirs et décideurs publics. Un outil dans lequel le rôle donné aux "acteurs organisés du secteur des musiques actuelles" doit permettre de contourner le traditionnel système oligarchique et technocratique de l’Etat et d’accompagner des élus et techniciens territoriaux dans l’approche artistique et culturelle de leur territoire. En recherchant une meilleure convergence des politiques publiques en faveur des musiques actuelles, il s'agit, en fait, de définir une nouvelle forme de régulation. Celle-ci ne serait donc plus basée sur une approche archaïque de l'action publique mais au contraire évolutive et riche d'une meilleure appréhension de la réalité grâce à la concertation. Pour cela, il faut un Etat prêt à transcender les méthodes de construction de sa politique - ce qui est prévu par la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF), votée en 2001 et ce qui est l'objet même du CSMA et des concertations territoriales - des élus territoriaux à l'écoute et volontaires et, enfin, des acteurs prêts à soutenir et nourrir une démarche collective.
Donner toute sa place au champ artistique des musiques actuelles, et ce dans toutes ses dimensions sociétales, tel est l'enjeu qui permettra de
ne plus devoir se faufiler dans les interstices de la démocratisation culturelle mais d'exister sur les bases du respect de la dignité culturelle de tous.
Grégory Jurado