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Musiques actuelles ?

En mal de reconnaissance et en proie à la méconnaissance, les esthétiques musicales qui composent désormais les musiques actuelles sont passées par différentes phases. Dans les années 70/80, l'expression "rock" désigne "l'ensemble des pratiques hors institution ; pour dire qu'il ne s'agit pas de musiques traditionnelles, de musiques classiques"[1]. Puis elles ont su échapper, au fil du temps, à des termes aussi ambigus que "musiques jeunes", "musiques populaires" ou encore "musiques d'aujourd'hui'.

L'appellation "musiques amplifiées", popularisée par Marc Touché, ethno sociologue, premier président du Géma, groupe d'étude des musiques amplifiées, fait ensuite son chemin : elle désigne "l'ensemble des musiques qui utilisent l'électricité et l'amplification sonore électronique comme éléments plus ou moins majeurs des créations musicales et des modes de vie".

Enfin, l'expression "musiques actuelles", utilisées dès la fin des années 70 par les fondateurs des Transmusicales de Rennes est largement employé par les décideurs publics et institutionnalisé par la création de la Commission nationale pour les musiques actuelles, oeuvre du Ministère de la culture et de la communication, en décembre 1997.


L'expression "musiques actuelles" englobe donc "artistiquement parlant" :

§   Le jazz ;

§   les musiques traditionnelles ;

§   la chanson

§   les musiques actuelles amplifiées : rock, pop et genres assimilés ; chanson française ; country, blues et genres assimilés ; métal, hardcore et genres assimilés ; reggae, ragga et genres assimilés ; musiques électroniques, dub et genres assimilés ; hip-hop et genres assimilés ; world musique et genres assimilés. 

L'expression "musiques actuelles" concerne donc quatre grandes catégories d'esthétiques musicales, et exclut les musiques classiques, anciennes, baroques, folkloriques et contemporaines. On peut également parler de musiques de tradition orale, non-savantes par opposition à la musique classique ou contemporaine qui s'enseignent, se pratiquent et se diffusent dans des cadres structurés.


Souvent, les termes "actuelles" et "amplifiées", cohabitent. Le premier est le résultat d'une vision ministérielle et le deuxième est davantage celui de revendications des acteurs du secteur. Les termes les plus couramment utilisés sont donc "musiques actuelles et amplifiées" ou simplement "musiques actuelles". De plus en plus c'est cette dernière appellation qui, même si elle ne fait pas l'unanimité en termes de sens, est le plus souvent utilisée par tous.


L'appellation "musiques actuelles" : controverses et... appropriation salvatrice ?

"un élément de médiation pour tenter de rentrer en politique publique"[2].

Gilles Castagnac

 

"les musiques actuelles sont le nom donné pour regrouper des genres exclus ou mal intégrés dans les politiques de soutien à la création et à la diffusion. Leur seul point commun reste tactique : constituer opportunément un front commun pour remplir la dernière marche de l'escalier des musiques légitimes et finançables par l'argent public"[3].

Jean-michel Lucas


L'expression "musiques actuelles" a été et reste depuis le milieu des années 90 un sujet de débats et de controverses mais l'appropriation récente (et encore d'actualité) joue un rôle certain dans la constitution des différents regroupements d'acteurs et notamment les réseaux territoriaux.

Tout d'abord, cette expression n'a pas de sens pour un musicien ou un groupe. Le rapport de la "Commission nationale pour les musiques actuelles" va jusqu'à affirmer que cette appellation "pose plus de problèmes qu'elle n'en résout" et qu'"appréhendée superficiellement, l'expression écrase le passé et d'une certaine manière l'avenir"[4].

Ainsi, peut-on définir plusieurs sources d'insatisfaction liées à l'utilisation de l'expression musiques actuelles :

§   elle est inexacte et inadaptée

§   elle est peu lisible : le champ musical couvert étant très large, l'hétérogénéité rend difficile son appréhension.

C'est pourquoi, seul les acteurs avertis, c'est-à-dire professionnels et institutions, se sont appropriés l'expression. Elle n'est d'ailleurs qu'extrêmement peu utilisée par les musiciens, artistes, groupes ou les médias, y compris les plus spécialisés qui se consacrent pourtant artistiquement parlant aux musiques actuelles.

On notera qu'une forme alternative est souvent utilisée : il s'agit de "musiques actuelles/amplifiées" que l'on trouve également sous la forme "musiques actuelles et amplifiées". Difficile également d'appréhender cette autre forme dont on ne sait pas si le symbole "/" (slash) ou le "et" sont inclusifs ou exclusifs selon qu'ils sont utilisés comme une condition, une alternative ou peut-être plus simplement comme une précision. Cette ambigüité reste assez présente et l'on peut imaginer que l'on assiste à une longue mutation du langage qui trouve dans l'expression "amplifiées" une résistance volontaire ou involontaire. A ce sujet Jean-Michel Lucas précise dans son ballet en sept figures[5] que l'expression "musiques amplifiées" est "choisie pour rappeler une exigence absolument pas négociable au sein de la politique publique : la nécessité des symboliques dionysiaques. L'art en somme qui, dans sa version dionysiaque, n'adoucit pas les mœurs".

L'expression, malgré le flou artistique qui l'entoure, a cependant fini par être couramment puis très largement utilisée par les acteurs du secteur. Cette appropriation n'a sans doute pas été sans effet sur la dynamique de structuration de ces 15 dernières années. En effet, l'appropriation puis le partage de ce langage commun lié à un champ artistique (même flou et mal défini) ont permis à chacun des acteurs de se reconnaître. Cela a contribué à construire un sentiment d'appartenance à un même secteur d'activités fait de réalités et problématiques très proches.

Enfin, l'expression a contribué (et contribue encore...) à l'identification, la connaissance et la reconnaissance des acteurs des musiques actuelles par les pouvoirs publics et notamment les collectivités territoriales qui ont parfois quelques difficultés à appréhender les questions culturelles et artistiques.



[1] Marc Touché - "Musiques,vous avez dit MusiqueS ?" - Les rencontres du Grand Zébrock par Chroma (1998) - p.13

[2] Gilles Castagnac - "Le développement des musiques actuelles et leur entrée en politiques publiques" - intervention FNCC - 2006

[3] Jean-Michel Lucas - "Les relations entre les décideurs publics et les musiques amplifiées : un ballet en sept figures" - http://www.irma.asso.fr/Jean-Michel-Lucas

[4] Rapport de la commission nationale des musiques actuelles à Catherine Trautmann - septembre 1998 - http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/musiques-actuelles/rapport1998.pdf

[5] Jean-Michel Lucas - "Les relations entre les décideurs publics et les musiques amplifiées : un ballet en sept figures" - http://www.irma.asso.fr/Jean-Michel-Lucas

 
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